Cours : Utilisation des cellules souches embryonnaires et éthique

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Introduction

Le corps humain est composé de milliard de cellules. Qu'elles se situent au niveau de la peau, du cerveau, ou dans les vaisseaux sanguins, elles proviennent toutes d'une unique cellule : la cellule originelle, provenant de la fusion du spermatozoïde et de l'ovule. Cette cellule va se diviser en plusieurs autres cellules qui vont se spécialiser au cours du développement embryonnaire. Une fois spécialisées, ces cellules ne peuvent plus revenir en arrière. On peut cependant prélever ces cellules qui ont la capacité de se spécialiser, on les appelle les cellules souches embryonnaires. Les biologistes peuvent cultiver ces cellules, de manière à orienter leur spécialisation. Les progrès récents enregistrés dans le domaine de la biologie des cellules souches ont donné naissance à de nouveaux espoirs en ce qui concerne les thérapies des maladies dégénératives. Cependant, en ce qui concerne ces cellules souches embryonnaires, de nombreuses questions éthiques bloquent l'avancée des recherches.

A. Les données scientifiques

1) Qu'est –ce qu'une « cellule souche » ?

Nous l'avons vu, les cellules souches sont des cellules indifférenciées capables de produire des cellules spécialisées dans des registres différents grâce à des divisions successives. Les cellules souches peuvent être issues de l'embryon, du foetus ou même de tissus adultes (chez l'adulte mais aussi chez l'enfant, même au niveau du cordon ombilical) :

Les cellules souches embryonnaires

sont des cellules souches pluripotentes [capables de donner tous les types cellulaires sauf les annexes embryonnaires] présentes dans l'embryon peu de temps après la fécondation jusqu'au stade de développement dit de blastocyste où elles constituent encore la masse cellulaire interne. Ces cellules sont à l'origine de tous les tissus de l'organisme adulte. Elles peuvent être isolées et cultivées in vitro à l'état indifférencié. Dans des conditions de cultures précises (mise en suspension, facteurs de croissance particuliers...), on peut orienter leur différenciation vers un type cellulaire donné (neurones, mélanocytes, cellules musculaires, cellules sanguines...).

Une cellule souche foetale

est un type de cellule souche multipotente [susceptibles de donner différents types de cellules, mais spécifiques d'un lignage cellulaire donné] d'origine foetale. Elles peuvent être prélevées sur des foetus issus d'une interruption volontaire de grossesse. Les cellules souches foetales ont la particularité d'être déjà orientées vers un type cellulaire particulier.

Les cellules souches adultes

sont des cellules indifférenciées que l'on trouve au sein de tissus qui sont composés en majorité de cellules différenciées dans la plupart des tissus et organes adultes. Ce sont généralement des cellules multipotentes.

2) Utilisation des cellules souches

La première utilisation thérapeutique des cellules souches est le remplacement cellulaire. Celui-ci est très utile pour les cellules sanguines, par exemple dans le traitement des leucémies, ou pour les greffes cutanées chez les grands brûlés. De même, chez les diabétiques, le remplacement des cellules du pancréas pour palier à sa défaillance, ou lors d'accidents impliquant la colonne vertébrale. En cardiologie, l'injection de cellules souches musculaires adultes dans un infarctus du myocarde a permis d'obtenir de nouvelles cellules cardiaques fonctionnelles et contractiles. La thérapie cellulaire a aussi une action potentielle dans certaines affections cérébrales caractérisées par une perte en neurones : maladie de Parkinson et plus récemment chorée de Huntington. Les cellules souches sont utilisées quotidiennement dans les centres hospitaliers universitaires français pour traiter les patients atteints de cancers du sang dans le cadre d'allogreffes ou d'autogreffes. L'étude des cellules souches embryonnaires peut également permettre de mieux connaitre les débuts de la vie humaine, de savoir précisément comment la différenciation cellulaire permet le développement de la vie.

3) Pourquoi préférer les cellules souches embryonnaires ?

Tout d'abord, les cellules souches dites « adultes » ne sont pas pluripotentes mais multipotentes : elles ne peuvent que se spécialiser dans une lignée cellulaire donnée : cellules de peau, cellules nerveuses... Aujourd'hui, nous ne savons pas encore diriger leur différenciation vers le tissu désiré. De plus, les cellules souches sont rares dans l'organisme adulte. Cependant de nombreux traitements utilisent les cellules souches adultes, malgré leur utilisation limitée.

4) Obtention des cellules souches embryonnaires

Aujourd'hui, chez l'homme, les cellules souches embryonnaires sont obtenues à partir d'embryons qui n'ont pas été utilisées par le couple dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation. Ces embryons étant voués à être détruits, dans les pays ou la recherche sur les cellules souches embryonnaires est autorisée, ce sont ces embryons qui sont utilisés. Quand l'embryon comporte quelques centaines de cellules, on prélève des cellules du bouton embryonnaire au stade blastocyste. Ces cellules peuvent être dispersées, séparées les unes des autres et mises en culture. On peut obtenir de cette manière des cultures d'une vingtaine de type de cellules pluripotentes. L'autre voie d'obtention de cellules embryonnaires est bien sûr le clonage humain qui est autorisé dans certains pays. Cette solution du clonage est la seule qui permette d'éviter les problèmes immunologiques que peut provoquer une greffe de cellules étrangères : On retire le noyau (contenant le matériel génétique) d'un ovule fécondé et on le remplace par le noyau d'une cellule spécialisée du corps (cellule d'un patient donneur). Une courte décharge électrique stimule l'ovule à se développer conformément aux instructions génétiques de la cellule donneuse. Après plusieurs divisions cellulaires, l'ovule se sera transformé en blastocyste à partir duquel des cellules souches embryonnaires pourront être isolées. On appelle cette méthode «transfert nucléaire» ou «clonage thérapeutique» en jargon technique.

5) Pourquoi la recherche n'avance pas ?

De nombreux enjeux scientifiques tendent à promouvoir la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Cependant, l'utilisation d'embryons pose des problèmes éthiques évidents, puisque toutes ces expériences aboutissent à la destruction d'embryons humains à des fins expérimentales.

B. Les questionnements éthiques

Comme on l'a vu précédemment, les cellules souches embryonnaires constituent une piste sérieuse pour l'avancée des thérapies médicales. Toutefois la seule espérance de découvertes en médecine n'est pas suffisante pour justifier l'utilisation des cellules souches embryonnaires à des fins de recherche. En effet il s'agit là d'un problème éthique qui amène à débattre sur plusieurs points.

1) Des pré-requis au débat

Tout d'abord la recherche clinique sur les cellules ES s'inscrit dans un contexte d'utilisation de composants du corps humain. Le développement des recherches entraineraient nécessairement la constitution de banques de cellules souches. Ceci amène à définir des conditions pour assurer aux donneurs et aux patients potentiels le respect médical qui leur est dû, c'est à dire notamment l'obtention du consentement éclairé du donneur, le respect de sa vie privée, et la confidentialité des données personnelles du patient. A ce secret médical s'ajoute le principe d'égalité dans l'accès aux soins médicaux qui devrait être respecté si les recherches sur les cellules ES aboutissaient un jour sur des applications thérapeutiques. Ces idées sont partagées par les différents acteurs du débat mais sont présentes dans les différents rapports sur le sujet pour bien rappeler qu'il existe des dérives sous-jacentes envisageables, et qu'il ne faut pas les négliger lors de la constitution d'une loi. Un autre point important est le choix des mots. Bien définir la terminologie employée est nécessaire pour une bonne compréhension des sujets abordés. Par exemple, dans l'imaginaire populaire le mot ''embryon'' s'identifie facilement à l'image d'un foetus alors qu'il ne s'agit en fait que d'un amas de quelques cellules. De même le sens des termes de ''clonage'' et de ''progrès thérapeutiques'' doivent être explicités pour ne pas tomber dans des exagérations caricaturales.

2) L'influence religieuse dans le débat

Maintenant intéressons nous au coeur du débat en discutant de la multiplicité des arguments qui sont invoquer au cours des discussions. Ce sont les divergences d'opinions quand au statut de l'embryon qui anime principalement la controverse. En effet considérer l'embryon comme un individu à part entière ou non est déterminant dans la prise de position dans le débat. Par exemple le catholicisme et l'islamisme considèrent qu'il y a dès la fécondation naissance d'un individu à part entière, unique. Certains partisans de cette opinion avancent notamment que la fécondation est le seul moment dans le développement embryonnaire où l'on peut dire scientifiquement qu'il y a quelque chose de nouveau. D'autres pensent encore qu'il ne revient à personne le droit de décider de la nature de l'embryon ou de la limite à partir de laquelle l'embryon atteint son droit à la dignité. Par suite logique de leur raisonnement ils sont fermement opposés à la création d'embryons à des fins de recherches puisqu'ils sont détruits dans le cadre de celles ci. De plus l'utilisation de cellules souches ES devient alors, de ce point de vue, l'instrumentalisation d'un individu, ce qui n'est moralement pas acceptable. Dans le courant de pensées opposé on peut parler de la religion juive qui ne voit pas l'embryon comme une vie mais comme une vie potentielle. Un des arguments avancé est qu'en laissant un ovule fécondé dans une éprouvette on ne peut pas obtenir de bébé, ni même de foetus. On peut voir que ces philosophies religieuses ont une réelle influence dans les discussions et contribuent a l'hétérogénéité des opinions.

3) Des arguments complémentaires et contradictoires

De plus, même au sein des personnes plutôt favorable a la recherche sur les cellules souches ES il subsiste des divergences de point de vue. Les portées éthiques et scientifiques s'entremêlent et il est difficile d'accorder une valeur aux arguments proposés. Ainsi le fait qu'il n'existe pas d'autres objets d'études pour essayer d'obtenir les résultats espérés, et le potentiel thérapeutique sont des arguments à prendre en compte. D'un autre côté vient se poser le problème de la source d'obtention des cellules souches : par exemple la création d'embryon à partir de gamètes à des implications éthiquement problématiques. Il y a un risque de banalisation de l'utilisation de l'embryon, un risque qu'il y ait une pression exercée sur les femmes pour obtenir des ovocytes. L'utilisation des embryons surnuméraires paraît davantage acceptable mais ceci nécessite un cadre législatif bien défini qui complexifie l'accès à ces mêmes embryons, ce qui n'est pas favorable à un développement de la recherche.

4) Les législations

Tout ceci fait apparaître un système d'arguments plus ou moins contradictoires mais qui constitue la base de réflexion pour la mise en place d'une législation. Ainsi en France la recherche sur les cellules souches embryonnaires est interdite mais certains projets se voient obtenir une autorisation dérogatoire pour une période de 5 ans. Ils ne peuvent voir le jour qu'en respectant un encadrement très strict. Par exemple les chercheurs ne peuvent avoir accès qu'à des embryons surnuméraires sous certaines conditions notamment le consentement par écrit des parents à l'origine du projet parental qui a permis la création d'embryons. Ceci n'est bien sûr pas le cas pour tous les pays. Par exemple au Royaume-Uni la création d'embryons à des fins de recherche est autorisée tandis qu'en Allemagne la recherche même est interdite, sans possibilité de dérogations. Mais malgré cette disparité, les différents pays, à travers la commission européenne, sont arrivé à un consensus en 2006 : l'Europe financera les projets de recherche sur l'embryon mais refuse d'allouer des fonds pour la création d'embryons dans le but d'une recherche clinique. Il faut bien voir que cette décision comme un accord entre états et non la réponse au débat, qui reste ouvert et toujours d'actualité. Florent Dumond


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Commentaires
  • Avatar
    AHLEM03
    le 06 Feb
    super leçon *---*
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